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Cadaqués · Costa Brava

Lídia de Cadaqués : la poissonnière qui portait un livre dans son panier à poisson

Photo : Jean-Pierre Dalbéra from Paris, France · CC BY 2.0 · Wikimedia Commons

De tous les personnages qui sont passés par Cadaqués — et il en est passé beaucoup, et de très célèbres —, le plus extraordinaire n'a rien peint ni rien écrit. Elle s'appelait Lídia Noguer, elle a vécu de 1866 à 1946, elle vendait le poisson que rapportaient son mari et ses deux fils, et elle était presque analphabète. Elle fut aussi l'amie de Salvador et Anna Maria Dalí et de Federico García Lorca, elle côtoya Gala, Buñuel et Eugeni d'Ors, et elle a passé plus de trente ans convaincue d'être l'héroïne de l'un des romans les plus importants de la littérature catalane. Voici son histoire, et elle est vraie.

Qui elle était, avant tout

Lídia de Cadaqués, connue au village sous le nom de Lídia Sabana, était fille d'un marin et d'une femme qui tenait une auberge. Sa mère comme sa belle-mère furent considérées parmi les dernières sorcières de Cadaqués — c'était la façon qu'avaient les villages de marins de nommer les femmes qui savaient des choses et vivaient à leur guise.

Elle était poissonnière de métier : elle vendait le poisson pêché par son mari et ses deux fils. Et elle était bonne cuisinière, assez pour que sa maison fasse aussi office d'auberge, et pour finir par cuisiner pour des gens venus d'ailleurs. C'est la base sur laquelle tout le reste s'est construit : une femme qui travaillait debout, dans la rue, avec un panier.

Septembre 1904

En septembre 1904, l'écrivain et penseur Eugeni d'Ors logea chez elle. Des années plus tard, d'Ors publia « La Ben Plantada », l'œuvre qui deviendrait le texte fondateur du Noucentisme, avec une héroïne appelée Teresa.

À partir de là, Lídia développa la conviction — les études qui se sont penchées sur elle parlent d'un délire — que d'Ors s'était inspiré d'elle, et que la Ben Plantada, c'était elle. Elle le soutint pendant plus de trente ans. Ce n'est pas une anecdote sympathique : c'est une idée qui a organisé toute sa vie.

Apprendre à lire pour se lire elle-même

Le détail qui transforme cette histoire en autre chose est celui-ci : Lídia était une femme pratiquement analphabète qui s'est efforcée d'apprendre à lire et à écrire. Elle portait « La Ben Plantada » dans son panier à poisson et récitait par cœur de longs passages.

Prenez une seconde pour y penser. Une poissonnière d'un village de la Costa Brava, au début du XXe siècle, apprenant à lire à l'âge adulte pour pouvoir lire le livre dans lequel elle croit avoir été dépeinte, et le transportant chaque jour au milieu du poisson. Quelle que soit la vérité sur d'Ors et Teresa, cela, c'est vraiment arrivé.

La femme qui fut au cœur de tout

Lídia fut l'une des femmes ayant le plus influencé trois artistes de tout premier plan du XXe siècle : Federico García Lorca, Salvador Dalí et Eugeni d'Ors. Elle était l'amie de Salvador et d'Anna Maria Dalí et de Lorca, et elle côtoya Gala Dalí, Luis Buñuel et d'Ors, parmi d'autres artistes et intellectuels passés par le village.

Autrement dit, elle n'était pas la couleur locale de l'histoire des autres : elle était l'une des pièces centrales du Cadaqués de ces années-là. La Fundació Gala-Salvador Dalí lui a consacré des études à part entière. Quand vous vous promènerez dans le village et qu'on vous racontera qui est venu ici et ce qu'il a fait, souvenez-vous qu'il y avait quelqu'un de Cadaqués au milieu de tout ça, et qu'elle vendait du poisson.

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