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Cadaqués · Costa Brava

Le retable de Cadaqués : 23 mètres de bois doré et soixante ans de travaux

Photo : Gordito1869 · CC BY 3.0 · Wikimedia Commons

Cadaqués est un petit village de pêcheurs. C'est pourquoi ce que renferme son église déconcerte autant : un retable baroque de vingt-trois mètres de haut sur douze de large, sculpté et doré jusqu'au dernier centimètre, considéré comme l'un des ensembles baroques les plus importants de Catalogne. Il se trouve à Santa Maria, tout en haut du village, et pour le voir, il suffit de monter. L'histoire de son arrivée là — qui l'a fait, pourquoi elle a pris du retard, et combien de temps sa dorure a demandé — en dit long sur ce qu'était ce lieu il y a trois cents ans.

Vingt-trois mètres dans une église de village

Le retable majeur de la paroisse Santa Maria mesure 23 mètres de haut sur 12 de large et est considéré comme l'un des ensembles baroques les plus importants de Catalogne. Il est présidé par l'image de la Mare de Déu de l'Esperança, la patronne du village, représentée selon une iconographie inspirée de l'Apocalypse.

La disproportion entre l'œuvre et la taille du village est le vrai élément à retenir. Un retable pareil, une paroisse rurale ordinaire ne le paie pas : ce sont les gens de mer, une communauté qui avait de l'argent, à une époque où le commerce maritime de l'Empordà brassait bien plus que ce que le lieu laisse supposer aujourd'hui.

Une guerre entre les deux

L'œuvre était prévue dès 1705, mais la guerre de Succession d'Espagne s'en est mêlée, et le contrat avec les sculpteurs n'a été signé qu'en 1723. Dix-huit ans d'attente à cause d'une guerre : c'est le genre de détail qui transforme une donnée d'histoire de l'art en histoire de gens qui voulaient quelque chose et ont dû attendre que passe ce qui était en train de se passer.

La sculpture fut exécutée entre 1723 et 1729 par les sculpteurs Joan Torras et Pau Costa. Pau Costa est l'un des grands noms du baroque catalan, auteur de plusieurs retables majeurs de l'époque ; qu'il ait travaillé ici est une mesure supplémentaire de l'ambition de la commande.

Soixante ans pour le dorer

La sculpture fut achevée en 1729, mais la dorure de l'ensemble ne fut complète qu'entre 1770 et 1788. Autrement dit : le retable est resté des décennies achevé dans son bois, mais sans dorure, et sa finition s'est payée peu à peu sur près de trois générations.

C'est aussi une information sur le village. L'or d'un retable se finançait par tranches, selon les moyens du moment. Ceux qui avaient commandé l'œuvre ne l'ont jamais vue achevée ; ce sont leurs petits-enfants qui l'ont vue. Peu de choses expliquent mieux comment se construisaient ces ouvrages : non pas comme un projet, mais comme un engagement transmis en héritage.

Monter le voir

L'église se trouve tout en haut de la vieille ville, et sa façade est couronnée d'un clocher à base carrée surmonté d'un corps octogonal, composé de deux étages superposés au-dessus d'une sorte de petit temple à coupole et volutes. La montée par les ruelles pavées vaut déjà la promenade.

Vérifiez les horaires d'ouverture avant d'y aller, car une paroisse de village n'ouvre pas à toute heure, et ces horaires changent selon la saison. Cela vaut la peine d'entrer avec du temps devant soi et de regarder de bas en haut, lentement : dans vingt-trois mètres de sculpture, il y a énormément à voir, et la première impression dévore tout le reste si l'on ne s'arrête pas.

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