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Cadaqués · Costa Brava

Es, sa et ses : le catalan salé que Cadaqués ne veut pas perdre

Photo : Isidro Jabato · CC BY-SA 4.0 · Wikimedia Commons

Sur la carte de Cadaqués, il y a un indice que presque personne ne lit : Sa Conca, S'Arenella. Ce « sa » et ce « s' » sont l'article salat, une façon de dire « la » et « el » qui vient directement du latin et qui, sur la Costa Brava, s'est éteinte village après village jusqu'à ne subsister, presque exclusivement, qu'ici. En juin 2026, le quotidien Ara racontait comment le village s'est uni pour ne pas le perdre. Voici son histoire.

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Un article qui vient du latin

Le catalan normatif dit el et la. Le parlar salat dit es et sa, ses au féminin pluriel et s' devant une voyelle. La différence n'est pas une question d'accent : ce sont deux mots latins distincts. L'article habituel vient du démonstratif ILLE ; le salat, d'IPSE. Selon un article de Surtdecasa de 2019, le catalan est la seule langue romane qui conserve des articles des deux origines.

Aux Baléares, le salat est aujourd'hui la forme courante du parler de tous les jours. Sur la côte de Girona, il fut pendant des siècles le parler des villages de la mer.

De Blanes à Cadaqués, puis seulement Cadaqués

Traditionnellement, on le parlait sur une étroite bande de côte entre Blanes et Begur et, plus au nord, de façon isolée, à Cadaqués. Le portail que l'Universitat de Barcelona consacre au parlar salat compte sept villages qui l'utilisaient : Blanes, Lloret de Mar, Tossa de Mar, Sant Feliu de Guíxols, Palamós, Begur et Cadaqués. La Viquipèdia, la Wikipédia en catalan, le résume en une ligne : il est passé d'un usage de Blanes à Cadaqués à un usage presque exclusif de Cadaqués. Ailleurs, il survit surtout dans les noms de lieux, comme Sa Tuna, Ses Negres ou S'Agaró.

Le linguiste Antoni Maria Alcover, qui recueillit des données sur cette côte au moyen d'enquêtes, l'écrivit sans détour en 1918 : les marins et les paysans parlaient salat ; les gens distingués, non. Selon le même article de Surtdecasa, le tourisme de masse du milieu du XXe siècle accéléra son recul dans les villages les mieux desservis.

Pourquoi il a tenu ici

La réponse courte, c'est la géographie. Enfermé par les montagnes du Pení, Cadaqués vécut tourné vers la mer et resta pratiquement isolé par voie de terre du reste de la comarca jusqu'à la fin du XIXe siècle, selon la Viquipèdia.

L'un des mots que la Wikipédia en anglais donne en exemple du cadaquesenc est rastell, la rue en pente pavée d'ardoise posée de chant. D'autres sont grop, le nuage noir qui apporte la pluie, et xarxi, un filet de pêche. La même entrée signale que les verbes qui, en catalan standard, se terminent en -o à la première personne se terminent ici en -i, et que le parler du village est celui qui ressemble le plus au catalan d'Ibiza. L'explication qu'elle donne remonte au Moyen Âge : quand Jaume I conquit les îles, il les repeupla avec des gens de l'Empordà.

Vivant ou presque éteint ?

En 2010, une thèse de doctorat de l'Universitat de Barcelona, signée par Núria Busquet Isart, concluait que l'article salat avait commencé à tomber en désuétude dans les années cinquante, qu'il était pratiquement éteint et qu'il ne résistait qu'à Cadaqués, où les plus jeunes ne l'utilisaient déjà plus.

La philologue Ernesta Sala, qui publia en 1983 un livre réunissant des milliers de mots et d'expressions recueillis de vive voix, donne une piste pour comprendre pourquoi d'autres le voient plus vivant : selon Ara, les locuteurs passent à l'empordanais quand ils s'adressent à des gens de l'extérieur, par peur des moqueries. Le salat n'a pas tout à fait disparu ; il se cache.

Ce que fait le village

Le reportage d'Ara énumère les menaces — les réseaux sociaux, la pression du tourisme, la perte du vocabulaire de la pêche et des champs, les changements de population — et aussi ce qui se fait. Un groupe Facebook, dont le nom se traduit par « Moi aussi, je parle cadaquesenc », réunit plus de 1 200 utilisateurs qui discutent, par exemple, de ce que veut dire exactement barrofar. Ràdio Cap de Creus anime depuis onze ans Gent salada, un concours sur le village et son parler avec une cinquantaine d'élèves de la quatrième à la sixième année de l'Escola Caritat Serinyana. L'école utilise le salat dans les avis aux familles, dans la revue de fin d'année et aux Jeux floraux.

La Societat L'Amistat demande aux habitants des mots et des dictons pour les imprimer sur les sachets de sucre qui accompagnent le café dans les établissements du village. Le philologue Pep Vila a réuni quelque 2 000 mots tirés de sources écrites dans son Paraulari de Cadaqués et prépare un second volume. Et la conseillère municipale à la Culture a annoncé pour l'automne 2026 un conseil des sages chargé de garder la mémoire historique et linguistique du village ; nous n'avons pas encore trouvé s'il a déjà été constitué.

Pour qui reste quelques semaines

Un week-end ne suffit généralement pas pour l'entendre, et l'observation d'Ernesta Sala explique pourquoi : à celui qui vient d'ailleurs, on parle dans un autre registre. Qui passe quelques semaines à Cadaqués hors saison et retourne aux mêmes endroits a plus de chances d'entendre es et sa autour de lui. Mieux vaut l'écouter sans l'imiter pour plaisanter, car c'est justement ce qui l'a poussé à se cacher. Et regarder le sachet de sucre du café, au cas où il porterait un dicton.

Vérifié

Données vérifiées en octobre 2026 dans : Ara (reportage du 18 juin 2026, éditions en espagnol et en anglais), Viquipèdia (Article salat et Cadaqués), Wikipédia en anglais (Cadaqués), Surtdecasa (El parlar salat al litoral empordanès, 2019) et Universitat de Barcelona (thèse de Núria Busquet Isart, 2010, et portail El parlar salat).

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